Que penser des messes internet en confinement ?

Faut-il craindre que les messes internet vident les églises à la fin du confinement ? Faut-il craindre que ces retransmissions détournent les croyants de leur vie intérieure ? Qui a initié ces retransmissions ? Ces questions passionnent les croyants qui se réjouissent de la reprise des célébrations pour avoir le joie de vivre ensemble l’Eucharistie et tout simplement la joie de se retrouver.

Lorsque la télévision à péage a commencer à retransmettre des matchs de football dans les années 1980, la crainte était réelle que les stades allaient se vider au profit de juteux droits télévisuels de retransmission. 40 ans plus tard, les droits télévisés se sont envolés et les stades n’ont jamais été aussi remplis. Lorsque la musique en streaming est apparue fin des années 1990, on pensait que les salles de concert allaient être désertées. Au contraire, les festivals et autres concerts n’ont jamais été aussi populaires. Les églises évangéliques investissent massivement dans les moyens audiovisuels, lancent des chaines vidéos et les célébrations dans les mega churches grandissent rapidement. Peut-être n’est-ce qu’un phénomène passager ? La nature humaine aime se rassembler pour vivre une expérience collective. En serait-il autrement pour les contenus spirituels et les messes ?

Les premières radiodiffusions de messes ont eu lieu il y a quasi un siècle en 1927. Radio Vatican a démarré en 1931 et c’est en 1958 que sainte Claire est promulguée patronne de la télévision, vu son expérience de première « télé-vision » d’une célébration eucharistie à Noël 1252. Lors du confinement de 2020, le nombre de messes par internet explose, à commencer par les retransmissions des messes du pape. A cette occasion, le pape François a redit que la « familiarité des apôtres avec le Seigneur était toujours communautaire, toujours à table, signe de la communauté. C’était toujours avec le sacrement, avec le pain. Toujours ». Ce foisonnement de messes internet et médiatiques ne doivent pas faire oublier ou remplacer l’idéal du « célébrer ensemble ». En tant de confinement, Mgr Delville, évêque de Liège, pense que le live-streaming par Facebook peut nous engager à être créatifs pour communiquer l’inspiration du carême par d’autres moyens que la rencontre d’une liturgie officielle qui est suspendue.

L’ère des pionniers

Historiquement, c’est à l’initiative du Père Pierre Lhande, jésuite qu’eut lieu le 6 mars 1927 la première retransmission d’une messe dominicale. Elle fut radiodiffusée sur Radio-Paris depuis la cathédrale Notre-Dame de Paris. Ensuite, c’est la frère dominicain Raymond Pichard qui a initié en 1948, la première messe télévisée en France pour la messe de Noël depuis la cathédrale Notre-Dame de Paris, ce fut une première mondiale.

Le 12 février 1931 à 16h49 très précisément, «le Pape a parlé». Pie XI prononce son premier message radio, en latin, sur les ondes de Radio Vatican. Cette radio est mise en oeuvre par l’ingénieur bolognais Guglielmo Marconi, lauréat du prix Nobel de physique et catholique pratiquant. Il annonce lui-même au microphone : « Avec l’aide de Dieu, qui met à disposition de l’humanité tant de forces mystérieuses, j’ai réussi à préparer cet instrument qui donnera aux fidèles du monde entier la consolation d’entendre la voix du Saint-Père. » Cela fait donc presqu’un siècle que les messes sont retransmises par les médias.

Première vision à distance d’une messe en 1252 par sainte Claire

Sainte Claire a été proclamée patronne de la télévision le 14 février 1958 par Pie XII. La grande amie de saint François eut une « vision de loin », une « télé-vision », de la messe, car, la nuit de Noël 1252, la première

disciple de saint François reçut la grâce de voir de sa cellule la célébration qui se déroulait dans l’église. « La sainte est la première personne à vivre une messe à distance « en direct », une « expérience de télévision mystique » comme l’a dit le cardinal Tarcisio Bertone à l’occasion du 50ème anniversaire de la proclamation de sainte

Claire patronne de la télévision en 2008. « Sainte Claire n’est pas seulement patronne de la télévision, elle peut également nous apprendre à nous situer par rapport à la télévision », a-t-il ajouté. Citant Benoît XVI, le cardinal a mis en garde contre les risques de manipulation de la réalité, de l’asservissement aux intérêts dominants, de la recherche de l’audience à tout prix. Il ajoute que la communication de masse tend à imposer un modèle culturel uniforme, basé sur la logique de la consommation et du relativisme. Que l’exemple de sainte Claire – a conclu le cardinal – nous aide en revanche à redécouvrir la dignité de la personne et les valeurs telles que la famille, la vie, l’éducation des jeunes ».

Sainte Claire est d’ailleurs le plus souvent représentée avec un ostensoir contenant le saint Sacrement de l’Eucharistie.

Favoriser la familiarité avec le Seigneur dans les Sacrements

Le pape François a abordé la question dans son homélie du 17 avril 2020. « Grâce aux moyens de communication, même pour cette messe, nous sommes tous en communion, mais pas ensemble. Ceux qui sont physiquement présents ont le sacrement de l’Eucharistie, mais l’audience médiatique a seulement la communion spirituelle. Et ce n’est pas l’Église: c’est l’Église d’une situation difficile, que le Seigneur permet, mais l’idéal de l’Église est toujours avec le peuple et avec les Sacrements. Toujours. »

La familiarité des apôtres avec le Seigneur était toujours communautaire, toujours à table, signe de la communauté. C’était toujours avec le sacrement, avec le pain.

Il est vrai qu’en ce moment nous devons vivre cette familiarité avec le Seigneur de cette façon, mais pour sortir du tunnel, pas pour y rester. Et c’est là la familiarité des apôtres: non pas gnostique, non pas viralisée, non pas égoïste pour chacun d’eux, mais une familiarité concrète, dans le peuple. Familiarité avec le Seigneur dans la vie quotidienne, familiarité avec le Seigneur dans les Sacrements, au milieu du Peuple de Dieu. Ils ont fait un chemin de maturité dans la familiarité avec le Seigneur: apprenons à le faire aussi. Dès le premier instant, ils ont compris que cette familiarité était différente de ce qu’ils imaginaient, et ils y sont parvenus. Ils savaient que c’était le Seigneur, ils partageaient tout : la communauté, les sacrements, le Seigneur, la paix, la fête. Lisez l’homélie complète du pape du vendredi 17 avril 2020.

Remplacer les messes en public par des directs Facebook ?

Célébrer la messe en direct Facebook ? C’est une piste qu’a émis l’évêque de Liège Jean-Pierre Delville suite à la décision du gouvernement de suspendre tous les rassemblements publics et l’annonce par l’église catholique de ne plus célébrer la messe en public pour la durée du confinement. C’est évidemment une conséquence de l’épidémie de coronavirus. Dire la messe en privé dans une chapelle, à huis clos, restera évidemment possible.

« Les textes bibliques habituels de la liturgie continueront à inspirer individuellement ou en famille notre progression vers Pâques. » précise le communiqué des évêques.

« Les sites web de Cathobel, Kerknet, KTO, RCF, Kerk en Leven, les célébrations en radio-tv, RTBF et VRT, les diffusions en live-streaming pourront y contribuer. » L’évêque de Liège traduit : si un prêtre veut dire la messe seul et la diffuser sur les réseaux sociaux, il peut.

« On encourage les gens à être créatifs. Il n’est pas interdit de faire une retransmission d’une messe privée célébrée par un prêtre dans une chapelle à huis-clos et de la transmettre par live-streaming sur un site internet, ou bien par Facebook ou d’une façon ou d’une autre. Ca, c’est tout à fait faisable. Je pense que c’est même un peu un stimulant. Ca peut nous engager à être créatifs pour communiquer l’inspiration du carême par d’autres moyens que la rencontre d’une liturgie officielle. » Source: François Braibant, RTBF, 12 mars 2020 à 18h53 Accès à l’article

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