La scène culturelle anversoise est en ébullition. L’opéra « Sancta », une création de la metteuse en scène autrichienne Florentina Holzinger présentée à l’Opera Ballet Vlaanderen, a déclenché une vague d’indignation qui dépasse les frontières de la ville. Sous couvert de « déconstruction des structures patriarcales », l’œuvre multiplie les provocations : religieuses nues sur patins à roulettes, détournements de la messe et scènes sanglantes.

Pour beaucoup, ce spectacle n’est plus de l’art, mais un étalage de mépris.
C’est à l’Opéra d’État de Stuttgart que le spectacle a fait le plus de bruit. Lors des premières représentations, les services de secours ont dû intervenir pour prendre en charge 18 spectateurs souffrant de nausées sévères ou d’évanouissements. La cause ? Des scènes d’automutilation (un morceau de peau découpé en direct et filmé en gros plan), des piercings réels sur scène et des rapports sexuels non simulés.
« Profondément blessé » : La réaction de Mgr Johan Bonny
L’évêque d’Anvers, Mgr Johan Bonny, n’a pas tardé à réagir, exprimant sa douleur face à une programmation tombant précisément durant la Semaine Sainte. Dans une tribune poignante, il a fustigé un manque de considération élémentaire :
« Que vaut encore pour nous le respect religieux et philosophique ? » s’interroge l’évêque, soulignant que si l’Église a fait des efforts majeurs pour expurger de ses textes toute trace de mépris envers autrui, le secteur culturel semble s’octroyer un droit de gifle permanent.
Pour Mgr Bonny, utiliser des symboles sacrés pour les tourner en dérision est un véritable manque de respect. Il ne s’agit pas de censurer la critique, mais de dénoncer l’utilisation de l’identité d’autrui comme un simple accessoire de provocation.
Un climat de banalisation de l’offense
Ce scandale fait écho à une autre polémique récente ayant secoué la Flandre : le comportement d’animateurs de la VRT (Studio Brussel). Dans une séquence filmée, on y voyait des présentateurs détruire à coups de marteau des statues de Jésus et de la Vierge Marie dans une « rage room ». Le malaise a grandi lorsque les auteurs ont admis qu’ils n’auraient jamais osé s’en prendre aux symboles d’autres religions.
Cette répétition d’actes hostiles pose une question de fond : pourquoi le sacré chrétien est-il devenu un terrain de jeu où tout est permis ? L’utilisation de symboles religieux comme instruments de choc visuel, que ce soit à l’opéra ou sur les ondes publiques, témoigne d’une méconnaissance — ou pire, d’un mépris — de ce qu’est la foi pour des millions de citoyens.
Vers une « indifférence digne »
Face à ce qu’il qualifie de spectacle éphémère, Mgr Bonny appelle les fidèles à la sérénité plutôt qu’à la confrontation. Il invite à « ignorer dignement » la provocation pour se concentrer sur la profondeur des célébrations pascales. Néanmoins, le débat reste ouvert : jusqu’où la liberté de création peut-elle s’affranchir du respect dû aux convictions les plus intimes de la communauté ?
Tour d’Europe des réactions
Depuis sa création, l’opéra contemporain Sancta ne laisse personne indifférent. Entre fascination artistique et rejet frontal, cette œuvre qui mêle imagerie religieuse et esthétique radicale a provoqué des réactions contrastées à travers l’Europe, révélant des sensibilités culturelles profondément différentes.
Une réception ouverte dans les pays germanophones
En Allemagne et en Autriche, Sancta s’inscrit dans une tradition bien établie de théâtre expérimental. Le public des grandes scènes contemporaines, habitué à des formes artistiques provocatrices, a globalement accueilli l’opéra avec curiosité.
Lors du festival Wiener Festwochen, le spectacle a été marqué par un incident technique et médical majeur : la concertmeister (premier violon) s’est évanouie dans la fosse d’orchestre durant la performance. Le spectacle a été interrompu pendant une quinzaine de minutes avant de reprendre sans elle. Les médias locaux ont décrit une ambiance de « splatter-action » (action sanglante) qui a laissé une partie du public viennois, pourtant habitué à l’actionnisme, dans un état de sidération.
Certaines voix dénoncent une provocation gratuite, relançant le débat sur les limites de l’art subventionné.
En France, entre défense de la création artistique et choc du public
En France, Sancta a suscité des réactions plus polarisées. La presse culturelle a majoritairement défendu la liberté de création, inscrivant l’œuvre dans la continuité d’autres productions controversées, comme Golgota Picnic.
Cependant, une partie du public s’est montrée plus critique, évoquant un malaise face à certaines scènes jugées excessives. Le débat s’est rapidement déplacé sur un terrain plus large : jusqu’où l’art peut-il aller lorsqu’il touche à des symboles religieux ?
L’Italie, épicentre des critiques
C’est en Italie que les réactions ont été les plus vives. Dans un pays où l’héritage catholique reste très présent, Sancta a été perçu par certains comme une atteinte directe au sacré.
Des associations et figures religieuses ont dénoncé une œuvre jugée blasphématoire, allant parfois jusqu’à réclamer son interdiction. En parallèle, les milieux artistiques italiens ont défendu l’opéra comme une proposition intellectuelle et symbolique, appelant à ne pas confondre provocation et réflexion.
Une réception divisée en Espagne
En Espagne, l’opéra a suscité un intérêt réel, notamment dans les grandes villes, sans provoquer de scandale majeur. Les critiques oscillent entre reconnaissance de la démarche artistique et réserve face à son radicalisme.
Une immense majorité de croyants et de citoyens attachés au respect des convictions ont vu dans cet opéra une preuve supplémentaire d’un climat d’intolérance envers la foi chrétienne, où la provocation systématique remplace le talent artistique.
En Espagne, comme ailleurs, « Sancta » reste le symbole d’une fracture : celle entre un art qui se veut « sans limites » et une société qui réclame un minimum de décence et de respect pour le sacré.
Un révélateur des fractures culturelles européennes
Au-delà des réactions nationales, Sancta agit comme un révélateur des tensions qui traversent les sociétés européennes. Partout, un clivage apparaît entre défenseurs de la liberté artistique et publics plus attachés au respect des traditions religieuses.
Partout en Europe, des théologiens ont exprimé un profond agacement. En Autriche, le professeur de théologie Jan-Heiner Tück a critiqué une « fixation » sur les symboles catholiques qu’il juge être un « vieux cliché » (old fad). Selon lui, l’art de Holzinger ne cherche pas le dialogue mais utilise la religion comme un simple décor provocateur, ce qui est perçu comme une forme de paresse intellectuelle doublée d’un manque de respect pour la sensibilité des croyants.
À Anvers, la réponse semble laisser un goût amer.