Homélie prononcée lors des funérailles de Frank Michael, par l’abbé Vincent Jemine le 20 juin 2026 en l’église Saint-Firmin de Rotheux (Neupré).

Le chanteur Frank Michael s’est envolé

Frank Michael, de son vrai nom Franco Gabelli, est mort à l’âge de 79 ans des suites d’un cancer du poumon, a annoncé ce vendredi 12 juin sur Facebook sa fille Sandra Gabelli.

Né en Italie, dans la province de Parme, il avait immigré en Belgique avec ses parents à l’âge de 3 ans, à la fin des années 1940. Installé avec sa famille à Seraing près de Liège, il avait participé à des radio-crochets dès l’adolescence, avant de sortir un premier 45 tours en 1974.

Domicilié toute sa vie à Seraing près de Liège, il est mort à l’âge de 79 ans ce 12 juin 2026. Il était très attaché à la Vierge Marie. Il s’était confié sur sa vie de prière en 2017 sur KTO. « Je prie tous les jours. Je ne rate jamais l’occasion d’aller à l’église pour allumer une bougie, » disait Frank Michael.

Avec sa voix chaude et ses hymnes à l’amour comme « Toutes les femmes sont belles », Frank Michael a conquis des millions de cœurs dans toute la francophonie. Malgré 15 millions de disques vendus, le crooner au grand cœur est resté fidèle à sa région de Liège, cultivant une authenticité rare.

L’abbé Vincent Jemine a prononcé l’homélie d’hommage à Frank Michael le 20 juin à l’église saint-Firmin de ROTHEUX.

Les manches retroussées et les mains dans le cambouis, c’est un portrait très réaliste qui nous a été dépeint. Ainsi, à sa manière, Franco a incarné la première lecture : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères. »

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Et un peu plus loin, saint Jean nous encourage : « Jésus a donné sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères. » Dans 99 % des cas, donner sa vie ce n’est pas mourir pour quelqu’un.

Sandra a raconté comment à chaque rentrée scolaire, son père passait un temps infini à recouvrir ses cahiers — on a tous connu cette galère avec de l’adhésif transparent, à traquer la moindre bulle d’air. Lui le faisait méticuleusement.

Elle évoque aussi ses coups de téléphone quotidiens, juste pour entendre sa voix. Ces détails que le monde ne perçoit pas, sont pour l’enfant qui en est le témoin, les signes d’un amour inconditionnel.

L’amour ne s’exprime pas nécessairement par de grandes déclarations sous les projecteurs, mais par cette présence active où l’on permet au divin de s’incarner. Dans une chanson, la basse est rarement ce que l’on remarque en premier. Pourtant, sans elle, l’harmonie perd sa profondeur.

La famille était pour Franco cette ligne de basse discrète et constante.

Mais il y avait une autre mélodie dans sa vie, une mélodie éclatante, exigeante et parfois complètement écrasante : sa carrière musicale. Cette lumière publique crée fatalement des ombres dans la sphère privée.

C’est pourquoi ses proches ont choisi d’inclure une chanson où Frank admet avoir été négligent.

N’est-ce pas un peu risqué ? En réalité, si on lisse trop la vie de quelqu’un, on ne rend hommage qu’à un fantôme.

Inclure ses failles dans les funérailles, c’est reconnaître sa proximité avec nos propres existences. Il chante : « Toi que je n’ai pas vu grandir en mon absence. Toi qui as dû tellement souffrir de mes silences, pardonne-moi. » Il parle ouvertement de ces anniversaires où la toute jeune Sandra refusait de souffler ses bougies parce qu’il n’était pas là.

Puis il raconte ses retours tardifs de concert où il n’avait plus d’autre choix que de la regarder dormir.

Il y a aussi cette chanson incroyable “La mia via”. Frank y évoque la descente d’adrénaline, l’amertume du succès. Il décrit la scène qui se vide, une fois que le rideau est tombé et il lâche en italien cette phrase terrible :

« Je comprends que je me suis trompé sur tout, parce que c’était toi, seulement toi, qui étais ma vie. »

Il réalise qu’il a poursuivi ses rêves de scène parfois au détriment de sa présence auprès des siens: Franco n’enfouissait pas ses confessions dans les pages secrètes d’un journal intime. Il chantait à son public : voilà, j’ai raté des trucs importants.

La beauté de cette histoire, c’est que ce pardon demandé publiquement a reçu une réponse concrète. Sandra a su voir l’amour au-delà de l’absence physique. Voilà ce qu’est la miséricorde : reconnaître les blessures réelles sans leur laisser le dernier mot.

La miséricorde ne nie pas les absences mais elle discerne un amour plus profond. Le fait que Sandra et son mari aient conduit Franco pendant cette éprouvante dernière tournée 2025 montre que l’harmonie familiale était toujours au rendez-vous.

« Aujourd’hui, tu es parti chanter avec les anges. » 

C’est ainsi que les petits-enfants nous ouvrent à la troisième et dernière importante facette de Franco : sa foi, discrète mais très réelle.

En effet, l’Évangile nous invite maintenant à regarder plus loin. Car la question ultime n’est pas : « Comment Franco a-t-il vécu ? » Mais : « Où le Seigneur le conduit-il aujourd’hui ? »

L’évangéliste précise : « L’ange (justement lui) ~ dit aux femmes : “Vous, soyez sans crainte ! Jésus le Crucifié est ressuscité.” » Leur peur se métamorphose en une grande joie.

Sans attendre, elles courent porter la nouvelle. Voilà le rôle capital des femmes : être les premières messagères de la Résurrection. Nous savons, ô combien, les chansons de Frank étaient habitées par la figure féminine, porteuse de vie, d’inspiration, de mystère et d’émotion.

Maintenant si l’on écoute le témoignage silencieux du petit recueil de prières qu’il emportait toujours avec lui, on découvre que la femme qu’il admirait le plus était aussi la femme pour qui l’humanité a entonné le plus de chants : la Maman de Jésus.

En conclusion, la relation de Franco avec sa famille étant comme la basse de la chanson, sa carrière musicale, la mélodie, on peut dire que sa foi chrétienne en était le rythme, le cœur cherchant à battre à l’unisson du cœur de Dieu.

Frères et sœur, le départ de Franco ne débouche pas sur un silence désertique. C’est plutôt un changement de tonalité, une modulation. La mélodie de Franco continue d’exister. Elle est simplement jouée sur une autre scène “avec les anges” pour reprendre les mots de ses proches.

Rendons grâce pour ce parcours tissé de gestes discrets plus que de grands discours, de musique plus que de mise à l’honneur médiatique, de demandes de pardon plus que d’autojustifications, et de foi plus qu’on ne l’imaginait.

Notre espérance aujourd’hui ne repose pas sur un souvenir, aussi précieux soit-il. Elle repose sur le Christ ressuscité, seul vainqueur de la mort, c’est lui qui propose — à chacun — l’Évangile, chemin de vie éternelle.

Que celui qui a tant chanté ici-bas découvre maintenant la joie de chanter au cœur même de la Trinité, dans cette harmonie parfaite où toute larme est essuyée, où tout pardon trouve son accomplissement, où l’amour, enfin libéré de toute limite, se sanctifie, s’illumine et s’épanouit pour l’éternité.

Amen.