Par Jacques Galloy, 22 février 2026

La Sagrada Família s’apprête à toucher le ciel

Après plus de 140 ans de travaux, le chef-d’œuvre d’Antoni Gaudí s’apprête enfin à décrocher son titre le plus prestigieux. Avec l’achèvement imminent de la tour de Jésus-Christ, la basilique catalane culminera à 172,5 mètres, devenant officiellement l’église la plus haute du monde.

Un record historique en ligne de mire

Jusqu’ici, pour trouver le sommet de la chrétienté, il fallait regarder vers le nord, du côté de la flèche de la cathédrale d’Ulm, en Allemagne, qui domine l’Europe du haut de ses 161,5 mètres. Mais à Barcelone, le paysage change. La construction de la tour centrale, dédiée à Jésus-Christ, entre dans sa phase finale.

Une fois la croix géante installée à son sommet, la Sagrada Família dépassera sa rivale allemande de onze mètres, mettant fin à un règne qui durait depuis 1890.

La vision mystique de Gaudí

Si ce chiffre de 172,5 mètres impressionne, il n’est pas le fruit du hasard. Fidèle à sa philosophie, Antoni Gaudí ne souhaitait pas que l’œuvre de l’homme dépasse celle de la nature. Il avait ainsi calculé la hauteur de la basilique pour qu’elle reste un mètre en dessous de la colline de Montjuïc, le point culminant de Barcelone.

« L’œuvre de l’homme ne doit pas surpasser celle de Dieu », aimait à dire l’architecte catalan.

Une basilique dédiée à la sainte famille : Jésus, Marie et Joseph

En 1866, Josep Maria Bocabella, un modeste libraire barcelonais, fonde l’Association des dévots de Saint Joseph. Son ambition ? Construire un temple « expiatoire », financé uniquement par l’aumône, pour contrer les maux d’une époque qu’il juge en décomposition.

À la fin du XIXe siècle, Barcelone est une poudrière. La révolution industrielle a engendré une urbanisation sauvage, et les tensions entre la bourgeoisie et une classe ouvrière de plus en plus attirée par l’anarchisme inquiètent l’Église. Pour Bocabella, et plus tard pour Gaudí, le thème de la Sainte Famille (Jésus, Marie et Joseph) est la réponse spirituelle à cette crise.

En mettant en avant la figure de Joseph, le charpentier, l’Église propose aux ouvriers un modèle de sainteté par le travail et l’humilité. Le temple ne devait pas être qu’un monument, mais un phare moral rappelant les valeurs de la cellule familiale traditionnelle au cœur d’une cité en pleine mutation.

Lorsqu’il hérite du projet en 1883, Gaudí, dont la foi devient de plus en plus ardente, décide de transformer ce qui devait être une église néogothique classique en une « Bible de pierre ». Pour lui, chaque élément architectural doit porter un message théologique.

Le choix de la Sainte Famille dicte la structure tripartite de l’édifice. Gaudí conçoit trois façades comme les chapitres d’un livre :

  • La Naissance : Une explosion de vie où la nature entière semble célébrer la venue au monde de l’enfant Jésus. C’est la glorification de la famille et de la création.
  • La Passion : Un récit dépouillé et douloureux du sacrifice du Christ, rappelant le prix du salut.
  • La Gloire : Le futur couronnement de l’humanité, dont le chantier se poursuit encore aujourd’hui.

Aujourd’hui, alors que l’édifice s’apprête à devenir la plus haute église du monde, le thème choisi par Bocabella et magnifié par Gaudí dépasse les frontières de la religion. Il reste le témoignage d’un architecte qui croyait fermement que l’on pouvait soigner les fractures d’une société en lui offrant une maison commune, inspirée par la simplicité d’un foyer de Nazareth.

Un chantier hors norme

Commencée en 1882, la basilique a traversé les guerres, les crises économiques et, plus récemment, une pandémie mondiale. Pourtant, le comité de construction maintient désormais un cap précis pour l’achèvement de la structure principale.

Longtemps, la Sagrada Família fut surnommée « la cathédrale des pauvres » ou « le chantier sans fin ». Mais aujourd’hui, grâce à la conception assistée par ordinateur et à l’impression 3D de pierre, le rêve de Gaudí devient réalité à une vitesse prodigieuse.

L’usage de techniques modernes, comme la pierre précontrainte et la conception assistée par ordinateur, a permis d’accélérer un processus que beaucoup pensaient éternel. Le monument, déjà classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, attire chaque année plus de 4 millions de visiteurs, impatients de voir l’échafaudage millénaire enfin disparaître.

Pour aller plus loin : https://sagradafamilia.org/

Antoni Gaudí : l’architecte et génie mystique

Le destin d’Antoni Gaudí fascine plus que jamais. Entre architecture organique, dévotion religieuse et une fin tragique, retour sur la vie de celui que l’on surnomme désormais « l’architecte de Dieu ».

Un architecte inspiré par la nature

Né en 1852 en Catalogne, Antoni Gaudí a révolutionné l’architecture avec son style moderniste, puisant son inspiration dans les formes organiques et végétales de la nature : arbres, os et coquillages. Diplômé en 1878, il se fait rapidement un nom à Barcelone, soutenu par son mécène Eusebi Güell. Mais c’est en 1883 qu’il accepte le projet de sa vie : la Sagrada Família. Au fil des ans, Gaudí délaisse ses autres commandes pour se consacrer exclusivement à ce « temple expiatoire ».

Une foi profonde et une vie d’ascète

La vie de Gaudí est marquée par une évolution spirituelle intense. D’abord dandy dans sa jeunesse, il s’isole progressivement du monde pour mener une vie de piété et d’austérité. Pour lui, son travail était un acte de foi, une « Bible de pierre » destinée à glorifier le divin. Cette ferveur l’a poussé à des pratiques extrêmes, comme un jeûne de 40 jours qui faillit lui coûter la vie en 1894.

Une fin tragique et anonyme

Le 7 juin 1926, alors qu’il se rendait comme chaque jour à l’église pour prier, Gaudí est renversé par un tramway. À cause de son apparence négligée et de l’absence de papiers d’identité, il est pris pour un mendiant. Les secours tardent et il est transporté dans un hospice pour les plus démunis. Reconnu trop tard par ses amis, il s’éteint trois jours plus tard, le 10 juin 1926, à l’âge de 73 ans.

On a retrouvé quelques objets dans ses poches, qui nous en aprennent sur Antoni Gaudi, architecte de renoim mais surtout un homme tourné vers la spiritualité et l’ascétisme : un livre des Évangiles qu’il l’avait souvent avec lui pour ses lectures quotidiennes, un chapelet, signe de sa piété constante, quelques fruits secs et des cacahuètes, c’était souvent sa seule nourriture, car il suivait un régime extrêmement frugal, une petite clé, probablement celle de son bureau à la Sagrada Família mais aucun papier d’identité : C’est ce détail crucial qui a conduit à son anonymat tragique à l’hôpital.

Vers la sainteté : Gaudí déclaré « Vénérable »

L’héritage de Gaudí dépasse aujourd’hui le cadre de l’architecture. Le 14 avril 2025, le pape François a officiellement reconnu ses « vertus héroïques » en le déclarant Vénérable. Cette étape cruciale du processus de canonisation pourrait mener à sa béatification, si un miracle lui est attribué.

Fidèle à son œuvre jusqu’au bout, Antoni Gaudí repose aujourd’hui dans la crypte de la Sagrada Família, dans la chapelle de la Virgen del Carmen. De sa dernière demeure, il veille sur l’achèvement de sa tour centrale qui, depuis le 20 février 2026, culmine enfin à 172,5 mètres pour le centenaire de sa mort.

« Ici, les cendres d’un si grand homme attendent la résurrection des morts. » — Inscription sur sa pierre tombale.

Pour aller plus loin : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoni_Gaud%C3%AD

Le Parc Güell : Quand le rêve immobilier de Gaudí devint un jardin d’Éden

Né d’un échec commercial cuisant au début du XXe siècle, le Parc Güell est aujourd’hui le joyau de Barcelone. Entre l’explosion de couleurs du célèbre « trencadís » et une ingénierie naturelle révolutionnaire, plongée dans le manifeste écologique et mystique d’Antoni Gaudí.

Sur les hauteurs de la colline d’El Carmel, là où le vent de la Méditerranée vient caresser les pins parasols, se dresse l’une des œuvres les plus singulières de l’histoire de l’architecture. Le Parc Güell, avec ses formes ondulantes et sa salamandre multicolore, accueille chaque année des millions de visiteurs. Pourtant, ce parc mondialement célèbre ne devait, à l’origine, jamais être un jardin public.

L’utopie d’une cité-jardin

Tout commence en 1900. L’industriel Eusebi Güell, mécène de toujours d’Antoni Gaudí, confie à l’architecte un projet ambitieux : créer une cité-jardin luxueuse sur le modèle britannique. L’idée est de bâtir soixante résidences haut de gamme, loin de la fumée des usines du centre-ville, offrant une vue imprenable sur la mer et un cadre de vie sain.

Mais le projet est un fiasco. L’éloignement du centre et les conditions de transport de l’époque découragent les acheteurs. En 1914, le chantier s’arrête : seules deux maisons ont été construites. Ce qui devait être un quartier privé devient, par la force des choses, un parc privé loué pour des événements, avant d’être racheté par la mairie de Barcelone en 1922 pour devenir le parc public que nous connaissons.

Une architecture qui « pousse » comme une plante

Pour Gaudí, le Parc Güell fut un laboratoire à ciel ouvert. Refusant de niveler la colline, il choisit d’adapter son architecture au relief. C’est ici que son concept de « naturalisme » atteint son apogée. Les viaducs de pierre semblent sortir de terre comme des racines pétrifiées, et les colonnes inclinées imitent des troncs de palmiers.

L’élément le plus emblématique reste la Place de la Nature, une immense esplanade bordée par un banc serpentin de 110 mètres de long. Ce banc est une prouesse de design : recouvert de trencadís — ces éclats de céramique recyclée assemblés en mosaïques — il est surtout d’une ergonomie parfaite. Gaudí aurait fait asseoir un ouvrier dans le plâtre frais pour mouler la courbure idéale du dos humain.

Un chef-d’œuvre d’ingénierie invisible

Sous l’esthétique féerique se cache une prouesse technique méconnue. La grande place n’est pas seulement un belvédère ; elle est conçue comme un gigantesque entonnoir. Le sable de l’esplanade filtre l’eau de pluie, qui s’écoule à l’intérieur des colonnes creuses de la salle souterraine (la Salle Hypostyle) pour remplir une citerne géante de 1 200 mètres cubes.

Cette eau servait à l’arrosage du parc, une solution écologique avant l’heure. Le célèbre dragon (ou salamandre) à l’entrée n’est d’ailleurs que le « trop-plein » décoratif de ce système hydraulique complexe.

La demeure du génie

Ironie du sort, l’une des rares maisons construites fut habitée par Gaudí lui-même de 1906 à 1925. C’est dans ce cadre, entouré de ses propres inventions, qu’il a conçu les plans de la Sagrada Família. Aujourd’hui transformée en musée, la maison permet d’approcher l’intimité d’un homme qui vivait au milieu de ses rêves de pierre.

En 1984, l’UNESCO a inscrit le parc au Patrimoine mondial de l’humanité. Plus qu’un jardin, le Parc Güell est le testament d’un homme qui pensait que l’architecture ne devait pas seulement abriter les corps, mais aussi élever les âmes en les reconnectant à la nature. Un siècle plus tard, alors que la foule se presse sur le banc ondulé pour admirer le coucher du soleil sur Barcelone, l’échec immobilier de Güell apparaît comme le plus beau cadeau jamais offert à la ville.

Pour aller plus loin : https://parkguell.barcelona/fr

La Casa Batlló : Quand la pierre se fait chair au cœur de Barcelone

Surnommée la « Maison des Baissellements » ou la « Maison des Os », la Casa Batlló n’est pas qu’un simple immeuble du Passeig de Gràcia. C’est un manifeste organique où Antoni Gaudí a transcendé l’architecture pour créer une œuvre vivante. Cent vingt ans après sa métamorphose, ce joyau du modernisme continue de redéfinir l’identité visuelle de la capitale catalane.

Par notre envoyé spécial à Barcelone

Il faut s’arrêter un instant sur le trottoir du prestigieux Passeig de Gràcia pour mesurer le choc visuel. Entre les façades rectilignes de la bourgeoisie barcelonaise du début du XXe siècle, la Casa Batlló ondule comme une créature marine échouée. Ici, la ligne droite a été bannie. Les balcons ressemblent à des masques vénitiens ou à des fragments de crânes, tandis que la façade scintille de mille éclats de verre et de céramique, changeant de couleur selon l’inclinaison du soleil.

La métamorphose d’un immeuble ordinaire

En 1904, l’industriel textile Josep Batlló confie à Gaudí la rénovation d’un bâtiment conventionnel construit trente ans plus tôt. Là où Batlló imaginait une démolition, Gaudí impose une métamorphose. Il ne se contente pas de redécorer ; il sculpte.

L’architecte remplace le rez-de-chaussée par une structure de grès aux colonnes en forme d’os, d’où le surnom populaire de Casa dels ossos. Il élargit les fenêtres pour laisser entrer une lumière qu’il considère comme sacrée. À l’intérieur, les plafonds s’enroulent comme des tourbillons et les portes de chêne semblent avoir été modelées par la main de la nature plutôt que par des outils de menuisier.

La légende de Saint Georges gravée dans la pierre

L’héritage de la Casa Batlló réside aussi dans sa puissance narrative. Pour beaucoup d’historiens de l’art, le toit de l’édifice est une allégorie de la légende de Sant Jordi (Saint Georges), le saint patron de la Catalogne.

  • Le dos du dragon : Le toit ondulé, recouvert de tuiles en céramique vitrifiée qui changent de couleur (du vert au bleu en passant par le violet), représente l’échine de la bête.
  • L’épée victorieuse : La tour couronnée d’une croix à quatre bras symbolise l’épée de Saint Georges plantée dans le dos du monstre.
  • Les victimes : Les balcons en forme de crânes et les colonnes en forme d’os rappellent les restes des victimes du dragon.

Une révolution de la lumière et de l’air

Au-delà de l’esthétique, Gaudí a laissé un héritage technique révolutionnaire. Le puits de lumière central est un chef-d’œuvre d’ingénierie climatique. Pour garantir une luminosité uniforme, l’architecte a utilisé des dégradés de carreaux bleus : plus foncés en haut (où la lumière est intense) et plus clairs en bas.

Il a également inventé un système de ventilation ingénieux via des fentes mobiles dans le bois des fenêtres, permettant de réguler la température sans courants d’air. C’est cette attention obsessionnelle aux détails fonctionnels qui fait de Gaudí le précurseur du design global.

Un héritage qui défie le temps

Aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, la Casa Batlló est devenue le symbole d’une Barcelone audacieuse qui refuse la monotonie. Son influence se retrouve dans l’architecture contemporaine dite « biomorphique », où les bâtiments tentent de s’inspirer des structures naturelles pour être plus durables et humains.

Alors que la ville s’apprête à célébrer le centenaire de la mort de son maître en 2026, la Casa Batlló reste le témoignage d’une époque où l’imagination n’avait pas de limites. Elle nous rappelle qu’une maison peut être bien plus qu’un abri : elle peut être un poème, un dragon et une leçon de vie.

Pour aller plus loin : https://www.casabatllo.es/fr/

+29% du nombre de baptêmes d’ados et d’adultes en Belgique en 2026

Le nombre d’adultes et d’ados candidats au baptême dans l’Église catholique en Belgique augmente de +29% en 2026, pour atteindre 689, soit trois fois plus qu’il y a dix ans. En 2025, ils étaient 534, et il y a dix ans, en 2016 : 229. C’est donc un triplement par rapport en 10 ans même si le chiffre absolu reste modeste par rapport au nombre total de baptisés en Belgique. Ces chiffres concerne des adolescents et des adultes entrés dans une démarche de foi en vue du baptême. Loin d’être un simple sursaut nostalgique, ce phénomène touche majoritairement une génération de jeunes adultes, souvent âgés de 18 à 35 ans, qui n’ont pas grandi dans la foi.

70% des nouveaux baptisés dans des paroisses francophones

Fait interpellant, plus de 70% des nouveaux baptisés le seront dans des paroisses francophones selon les statistiques diffusées par l’Eglise catholique. 

  • Flandres : Anvers 57, Bruges 9, Gand 38, Hasselt 25
  • Archidiocèse de Malines-Bruxelles : 248 divisé en Brabant Flamand & Mechelen 53, Bruxelles-Capitale 152 (principalement francophone avec de nombreuses communautés étrangères) et Brabant Wallon 43
  • Wallonie : Tournai 177, Liège 79, Namur 56

Ce boom des catéchumènes témoigne d’un engagement personnel croissant et constitue un indicateur de vitalité pour l’Église catholique en Belgique. C’est un paradoxe qui bouscule les certitudes d’une société de plus en plus sécularisée : alors que la pratique religieuse traditionnelle semble s’étioler, la Belgique assiste à un rebond du nombre de nouveaux baptisés. 

Les principales raison de l’augmentation du nombre de nouveaux baptisés

Ce phénomène interpelle les sociologues et les observateurs. Pour comprendre ce renouveau, il faut regarder au-delà des dogmes. Ces nouveaux convertis évoquent souvent une quête de sens radicale dans un monde perçu comme instable, liquide et saturé d’écrans. Le baptême n’est plus ici un rite social hérité de la famille, mais un choix personnel, mûrement réfléchi, visant à trouver un ancrage spirituel solide et une forme d’intériorité face à l’accélération du quotidien. 

D’après des études, 70% des nouveaux baptisés déclarent avoir nourri leur foi via les réseaux sociaux, notamment les influenceurs. Les ventes de bibles sont également en forte augmentation. Selon les données de GfK et de la librairie La Procure, les ventes de Bibles ont bondi de 16 % à 20 % en France sur l’année 2024. 

De même, le nombre de recherches d’horaires de messes sur egliseinfo.be, le GPS des clochers de Belgique francophone, illustre cette même croissance. De nombreuses personnes veulent tout simplement assister à une messe par curiosité avant de débuter un chemi vers le baptême. Enfin, relevons que de nombreux parents ne baptisent plus leurs bébés afin de leur laisser le choix plus tard.

L’émergence d’une foi d’adhésion

Ce dynamisme témoigne d’une mutation profonde : si le catholicisme culturel s’efface en Belgique, une foi d’adhésion émerge. Ces catéchumènes, issus de tous horizons, dessinent le visage d’une Église plus minoritaire, certes, mais particulièrement fervente. Ce retour au sacré, vécu comme une boussole dans la tempête moderne, prouve que le besoin de transcendance reste une composante majeure de l’identité belge contemporaine.

Ce 18 février, mercredi des Cendres, marque le début du Carême, période pendant laquelle les chrétiens se préparent à Pâques, fête de la Résurrection et sommet de l’année liturgique. Pour les catéchumènes, c’est-à-dire les candidats adultes au baptême, ce temps revêt une importance particulière : ils se préparent plus intensément à recevoir le baptême lors de la nuit de Pâques, qui aura lieu le 4 avril 2026.

Beaucoup connaissent Ferrero Rocher pour leurs fameux chocolats aux noisettes, mais le lien profond qui unit la compagnie à Notre-Dame de Lourdes est moins connu. C’est une anecdote fascinante qui mêle marketing mondial et ferveur religieuse. Ce lien est direct et assumé par la famille Ferrero, bien que peu connu du grand public.

Le rocher de Massabielle

Michele Ferrero, le fils du fondateur de l’entreprise Ferrero (Nutella, Kinder, Rocher etc) et l’homme qui a transformé la marque en empire mondial, était un fervent catholique. Il se rendait chaque année en pèlerinage à Lourdes et exigeait que ses cadres l’accompagnent.

Il avait une grande dévotion pour la Vierge Marie et il souhaitait l’honorer également à travers son travail. Le nom « Rocher » n’a pas été choisi au hasard pour évoquer simplement une texture croquante. Il s’agit d’un hommage à la Grotte de Massabielle, le lieu où la Vierge Marie serait apparue à Bernadette Soubirous. En français, cette grotte est souvent désignée comme le « Rocher de Massabielle ».

À la lumière de cela, beaucoup voient dans la coquille de chocolat croustillante et dans son emballage doré un rappel symbolique irrégulier à ce tapis Lourdes, si cher à l’entrepreneur piémontais. Sa forme irrégulière et rocailleuse est conçue pour rappeler la paroi rocheuse de la grotte de Lourdes. L’emballage doré et le petit socle en papier plissé ajoutent une dimension précieuse, mais le cœur du design est un rappel géologique de ce lieu sacré.

“Nous devons le succès de Ferrero à Notre-Dame de Lourdes”

À l’occasion du cinquantième anniversaire de la fondation de l’entreprise, Michele Ferrero a déclaré : « Nous devons le succès de Ferrero à Notre-Dame de Lourdes ; sans elle, nous ne pouvons pas faire beaucoup ».

Dans une interview en 2023, le père Mauricio Elias, aumônier du Sanctuaire de Lourdes, a rappelé que « M. Ferrero avait une grande dévotion pour la Vierge de Lourdes ; il venait souvent à Lourdes et était un bienfaiteur ». « C’était un homme qui venait toujours ici, il avait beaucoup de dévotion pour la Vierge, il avouait, il menait une vie chrétienne» ajouta le prêtre.

On dit que Ferrero faisait chaque année un pèlerinage à Lourdes et qu’il organisait aussi des voyages pour ses employés. Ils ont également placé une statue de la Vierge Marie dans chacune des 14 usines de fabrication du groupe dans le monde.

Michele Ferrero est décédé le 14 février 2015, à l’âge de 89 ans. Peu avant, une inondation avait gravement endommagé le sanctuaire de Lourdes. L’entrepreneur avait promis «un gros don pour compenser ce qui était perdu» ; après sa mort, les enfants ont tenu la promesse de leur père, contribuant spécifiquement aux travaux de réparation.

« Travailler, Créer, Donner »

La famille Ferrero est l’une des dynasties les plus riches et les plus discrètes au monde, et à la première position en Italie. Leur approche de la richesse est indissociable d’une philosophie sociale et chrétienne héritée du patriarche Michele Ferrero, résumée par la devise de leur fondation : « Travailler, Créer, Donner ». La fortune personnelle de Giovanni Ferrero (seul fils survivant de Michele) est estimée à environ 41,6 milliards de dollars (selon Forbes en février 2026), ce qui le place autour de la 45e position mondiale. Le Groupe Ferrero reste 100 % familial et non coté en bourse. Il a réalisé un chiffre d’affaires record de plus de 19 milliards d’euros lors du dernier exercice fiscal. L’empire emploie désormais près de 50 000 collaborateurs à travers le monde et gère 36 usines.

Au-delà de Nutella, Kinder et Rocher, la famille possède désormais des marques emblématiques comme les biscuits Delacre, les glaces Wells (Häagen-Dazs aux USA) et a récemment finalisé l’intégration des céréales de WK Kellogg Co.

La générosité sociale 

La générosité de la famille ne s’exprime pas seulement par des dons ponctuels, mais par une structure sociale intégrée à l’entreprise : la Fondation Piera, Pietro et Giovanni Ferrero. La « générosité » Ferrero est souvent décrite comme un paternalisme social. Michele Ferrero estimait que pour demander beaucoup à ses employés (qualité, fidélité), l’entreprise devait leur rendre beaucoup en retour (sécurité, bien-être familial).

La dimension catholique est le moteur originel de la philanthropie de la famille Ferrero, bien que l’entreprise communique aujourd’hui davantage sur ses actions sociales et environnementales globales (RSE).

Pour leurs actions de terrain à grande échelle, la famille et le groupe collaborent avec des organisations reconnues, par exemple « Save the Children » : Un partenariat majeur (plus de 8 millions d’euros investis récemment) pour lutter contre le travail des enfants dans les plantations de cacao, améliorer l’éducation et la nutrition en Côte d’Ivoire et au Ghana. 

Michele Ferrero était un « bienfaiteur » majeur du sanctuaire de Lourdes. Chaque année, la famille finance intégralement le pèlerinage à Lourdes pour des milliers d’employés et de retraités du groupe, prenant en charge le transport, l’hébergement et l’organisation. Des statues de la Vierge de Lourdes sont installées à l’entrée ou dans les jardins de presque toutes les usines de production du groupe dans le monde (plus d’une vingtaine de sites). 

Leurs projets en Afrique et en Asie (Projet Entrepreneurial Michele Ferrero) sont souvent décrits par la famille comme une mise en pratique de la doctrine sociale de l’Église. Ils collaborent ponctuellement avec des structures missionnaires locales pour la construction d’écoles ou de dispensaires dans les régions où ils s’implantent.

Aujourd’hui, sous la direction de Giovanni Ferrero, la communication est devenue plus laïque et « professionnelle ». Les dons aux œuvres catholiques sont plus discrets et souvent effectués à titre personnel ou via des holdings familiales, tandis que la Fondation Ferrero officielle se concentre sur l’art, la santé et le soutien aux anciens employés. Malgré cette opulence, Giovanni Ferrero vit de manière très discrète à Bruxelles. Il est également écrivain à ses heures perdues, ayant publié huit romans, ce qui en fait l’un des milliardaires les plus atypiques du secteur industriel.

Dimanche 8 février, article par Jacques Galloy

Malgré les turbulences récentes, environ 500 participants liés au couvent Saint-Antoine des franciscains de Bruxelles se sont rassemblés ce week-end au sanctuaire de la Vierge des Pauvres de Banneux. Entre louanges, témoignages poignants et ferveur retrouvée, l’événement a marqué une étape pour la communauté. 

C’est un flot de visages joyeux qui a investi le sanctuaire de Banneux du 6 au 8 février 2026. De nombreux jeunes en quête de sens et adultes de tous horizons ont répondu à l’appel. Le thème, tiré du livre de Néhémie, résonnait comme un défi et une promesse : « La joie du Seigneur, voilà votre force ! ». Comme d’habitude, la musique et les célébrations étaient très entraînantes. Le soleil a aussi réjoui l’atmosphère. 

Un climat d’apaisement

Ce grand rassemblement ne se déroulait pas dans un contexte ordinaire. Le départ récent de deux frères franciscains – sur les quatre – avait suscité des inquiétudes, des incompréhensions et une polémique, laissant planer une ombre sur la communauté, en attendant les résultats de l’écoute et de l’enquête canonique. “Le bruit médiatique autour de ces départs en a fait malheureusement des coupables présumés alors que l’enquête ne fait que débuter. Ceci a suscité une grande vague d’incompréhensions parmi de nombreux participants”, explique un fidèle du couvent.

Évidemment, une certaine tristesse était perceptible et l’avenir du couvent était dans les discussions. Pourtant, dès la veillée du vendredi soir, l’atmosphère a atténué les doutes. Ce week-end n’était pas celui des justifications, mais celui du recentrement sur l’essentiel : la foi et la communion. 

L’espérance fut particulièrement perceptible dimanche midi lorsque de nombreux participants ont prié en imposant les mains – comme le pratiquaient déjà les premiers chrétiens – sur les deux franciscains qui restent au couvent. « Cette prière était très intense et remplie d’espérance », témoigne René.

Lors de la veillée de vendredi soir, une jeune femme a développé l’évangile des noces de Cana : « Les outres des noces de Cana sont nos manques et nos intentions. La transformation de l’eau en vin est une espérance pour ceux qui prient et un appel à la patience. » 

Un cœur de chair

Le samedi matin, l’enseignement sur la promesse d’Ézékiel — « J’enlèverai votre cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair » — a donné le ton. La dimension concrète de cette transformation a été illustrée par le témoignage bouleversant des jeunes du Cénacolo, racontant leur passage des ténèbres de l’addiction à la lumière de la vie communautaire.

L’après-midi, le programme s’est diversifié en ateliers, abordant aussi bien les dangers du paranormal, la figure de Marie-Madeleine que des thèmes spirituels : «Vivre la joie parfaite comme laïc aujourd’hui » et « Vivre sous le regard du Père, telle est ma force ».

Le témoignage de Jean-Luc Garnier a particulièrement marqué les esprits, offrant un récit de vie ancré dans l’espérance. Ancien rappeur enfermé dans la drogue, la violence et le sexe, il a lancé « Amen, Oui je croiX », un lieu d’évangélisation et d’organisation d’événements où l’on peut exercer ses talents au service du Seigneur. De même, le témoignage de conversion de son épouse Laurence a touché les coeurs de nombreux participants. Elle a notamment raconté son tour de France à pied en portant la croix et suscitant de nombreuses rencontres.

Une grande veillée d’adoration et de réconciliation a eu lieu le samedi soir. Ce fut un moment de prière intense et de paix, point d’orgue spirituel du week-end. 

« Vous êtes la lumière du monde »

Le rassemblement s’est clôturé ce dimanche par une messe d’envoi présidée par Mgr Jean-Pierre Delville, Évêque de Liège. L’Evangile du jour invitait les catholiques à être le sel de la terre et la lumière du monde. Son homélie a conforté les participants dans leur mission : « La joie donne la force et inversement la force donne la joie ».

À 16h, alors que les voitures quittaient le sanctuaire, le sentiment d’une « Église en marche », capable de surmonter ses crises par la prière collective, était palpable. Banneux a une fois de plus prouvé qu’à la source de la Vierge des Pauvres, l’espérance ne s’épuise jamais.

Sur les réseaux sociaux, notamment via les comptes Instagram de la Jeunesse Franciscaine de Bruxelles (JEFRA) et de @repare_mon_eglise, les images partagées témoignent de l’intensité du week-end.

Photos : (c) JEFRA et repare_mon_eglise

Sacré-Coeur de Jésus

«Il nous a aimés», l’encyclique du Pape sur le Sacré-Cœur de Jésus

«Dilexit nos», la quatrième encyclique de François, retrace la tradition et l’actualité de la pensée «sur l’amour humain et divin du cœur de Jésus Christ», invitant à renouveler sa dévotion authentique pour ne pas oublier la tendresse de la foi, la joie de se mettre au service et la ferveur de la mission: parce que le cœur de Jésus nous pousse à aimer et nous envoie vers nos frères.

Télécharger la version complète de l’encyclique

L’intégralité de la lettre est disponible en PDF sur ce lien
ou sur le site officiel du Vatican.

Mini résumé – Son amour nous précède

L’encyclique « Dilexit Nos », débute par la citation de saint Paul «Il nous a aimés ». Elle se concentre sur l’amour inconditionnel du Christ, symbolisé par son Cœur. Le Pape François souligne que cet amour nous précède, nous attend et ne demande aucun préalable. Dans une société où la religiosité s’éloigne de la relation personnelle avec Dieu, il invite à redécouvrir la tendresse et la joie de la foi.

L’amour du Christ et ses implications

Le Pape aborde l’amour du Christ, source de liens fraternels et de dignité humaine, invitant à prendre soin de notre planète face aux crises contemporaines. Il affirme que l’amour du Cœur de Jésus est essentiel pour retrouver ce qui manque au monde : la compassion. En réfléchissant sur cette dévotion, il propose une revitalisation de la foi pour contrer l’indifférence actuelle.

Chapitres clés de l’encyclique

L’importance du cœur : Le Pape appelle à redécouvrir le cœur comme centre de notre identité, face à une société consumériste. Il critique la dévalorisation du cœur par le rationalisme et souligne son rôle essentiel dans nos relations et notre spiritualité.

Gestes et paroles d’amour

François évoque les actions et les enseignements du Christ, qui incarnent proximité et compassion. Les exemples bibliques montrent que l’amour du Christ va au-delà des normes sociales, touchant les plus marginalisés.

Voici le cœur qui a tant aimé

Le mystère du Cœur du Christ est exploré, affirmant que sa dévotion représente l’ensemble de l’Évangile. Le Pape évoque le triple amour du Christ, mettant en lumière la fusion de l’humain et du divin.

L’amour qui donne à boire

Le Pape lie la blessure du côté de Jésus à une source d’amour pour l’humanité. Les figures de saints, comme sainte Marguerite-Marie, illustrent comment cette dévotion peut nourrir une vie spirituelle profonde.

Amour par amour

La dimension communautaire de la dévotion est essentielle. L’amour pour les autres devient un acte de service et de mission, inspirant à construire une société juste et fraternelle.

La prière de François

L’encyclique se termine par une prière, demandant que le Cœur du Christ inspire un monde de justice et de solidarité. Le Pape appelle à devenir des « missionnaires amoureux », pour propager l’amour du Christ et construire une Église vivante.

Le texte se conclut par cette prière de François: «Je prie le Seigneur Jésus-Christ que jaillissent pour nous tous de son saint Cœur ces fleuves d’eau vive qui guérissent les blessures que nous nous infligeons, qui renforcent notre capacité d’aimer et de servir, qui nous poussent à apprendre à marcher ensemble vers un monde juste, solidaire et fraternel. Et ce, jusqu’à ce que nous célébrions ensemble, dans la joie, le banquet du Royaume céleste. Le Christ ressuscité sera là, harmonisant nos différences par la lumière jaillissant inlassablement de son Cœur ouvert. Qu’il soit béni!» (n. 220).

Le culte du Sacré-Coeur

Au XVIIe siècle, le Christ est apparu à Sainte Marguerite-Marie à Paray-le-Monial en France, lui confiant entre 1673 et 1675 trois messages majeurs destinés à l’Église et au monde. Avec l’aide du jéusite Saint Claude La Colombière, elle a partagé ces révélations, qui résonnent encore aujourd’hui pour un monde en quête de sens et d’espérance, ancrées dans le symbole du cœur et dans l’ensemble des Écritures.
À l’école de Sainte Marguerite-Marie, nous apprenons comment répondre humblement à l’appel du Cœur de Jésus en lui offrant notre propre cœur en retour. Par le biais de Saint Claude La Colombière, apôtre de la confiance, nous découvrons que tout devient possible grâce à la miséricorde infinie du Seigneur.


L’Amour de Dieu pour chacun de nous

Le cœur est le centre vital de l’être humain

Toutes les cultures reconnaissent dans le cœur le centre vital de l’être humain, l’organe dont le rythme régulier marque chaque instant de la vie. Le cœur accompagne nos relations, battant au rythme de nos sentiments les plus profonds, souvent teintés d’amour. Il a la capacité de s’ouvrir pour recevoir et donner, ou de se fermer, condamnant l’individu à l’isolement. La Bible évoque le cœur comme le lieu le plus intime de l’homme, où résident ses sentiments, ses désirs, mais aussi sa mémoire, sa volonté et son intelligence : c’est avec le cœur que l’on connaît. Le cœur représente la totalité de la personne, un “jardin secret” que seul Dieu connaît. C’est dans le cœur que l’on cherche Dieu, et c’est là qu’Il se laisse trouver, habitant en nous.

Parler du Cœur de Jésus ne se limite donc pas à aborder un organe physique. C’est entrer dans le mystère de Dieu qui s’incarne, devenant homme sans cesser d’être Dieu. Dès la Pentecôte, les apôtres L’ont reconnu comme véritablement Dieu et véritablement homme. L’amour que le Christ, homme, porte à son Père et à ses frères est l’expression même de l’Amour divin : parfait, insondable, inconditionnel, inlassable, tout entier miséricordieux, souffle de la vie que nous appelons l’Esprit de Dieu.


Dieu nous aime. C’est le cœur du message de 1673. En créant l’homme, Il a voulu qu’il soit digne et capable d’amour, lui façonnant un cœur. Lorsque ce cœur se ferme, l’homme meurt, incapable d’aimer ou d’être aimé. Dieu refuse que la dernière parole de l’homme soit celle de la mort ! En Jésus, cette dernière parole résonne dans un cœur ouvert, même lorsque la mort semblait triompher. Le Cœur transpercé du Christ devient alors le signe paradoxal de la victoire de l’amour sur la mort. Ce geste nous appelle à ouvrir notre cœur, uni à celui du Christ, afin de retrouver toute la saveur de la vie.


La blessure du cœur


Il est surprenant de constater que le Christ ne se plaint pas tant du péché que de l’indifférence des hommes, une attitude qui les rend insensibles à l’offrande de Jésus sur la Croix, la rendant presque inutile. C’est pourquoi le message de Paray-le-Monial de 1674 appelle à la réparation et à la consolation du Cœur de Jésus.


Réparer, c’est aimer pour ceux qui n’aiment pas. Chaque acte d’amour que nous posons, mystérieusement, envoie des ondes de bienfaits à l’ensemble de l’humanité. Consoler, c’est, à l’image de Marguerite-Marie, contempler chaque veille du premier vendredi du mois Jésus en agonie au jardin des Oliviers.


 » L’Église recherche sans cesse cette heure perdue dans le jardin des oliviers, perdue par Pierre, Jacques et Jean, pour réparer cette désertion, et la solitude du Maître qui a accru sa souffrance… Jésus nous permet en quelque sorte de le retrouver continuellement dans cette heure écoulée et irréversible, humainement parlant, et, comme jadis il nous invite à prendre part à la prière de son Cœur qui embrasse toutes les générations d’hommes « . Cardinal Wojtyla, futur Saint Jean-Paul II

Aux origines du Sacré-Cœur


Pour comprendre l’histoire, le culte du sacré-Cœur et la renommée de Paray-le-Monial, il faut remonter bien loin, bien au-delà de la fondation de ses monuments, jusqu’aux terres de Judée, en Palestine, il y a 2000 ans… Encore 1200 ans auparavant, un peuple, les fils d’Israël, s’établit au pays de Canaan. Ce peuple professe la foi en un Dieu unique, celui qui les a libérés de l’esclavage en Égypte pour les conduire vers cette terre de liberté. Une longue histoire commence alors, marquée par une fidélité à Dieu et à l’écoute de sa Parole, et cette histoire aura un impact profond sur toute l’humanité.


Entre l’an -7 et -4, à Bethléem, naît un enfant nommé Jésus, fils de Marie, épouse de Joseph, un charpentier de Nazareth. À 30 ans, Jésus commence à parcourir la Palestine, accompagné de ses disciples et de douze apôtres qu’il a choisis. Il se présente comme le Fils de Dieu, venu sur terre pour appeler les pécheurs à une vie de liberté. Il annonce la Bonne Nouvelle du Salut, guérit les malades et pardonne les péchés.


« Venez à moi, vous qui peinez et ployez sous le poids du fardeau, et moi je vous soulagerai ! Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. »

Matthieu 11, 28-29

À la veille d’être livré et crucifié, Jésus rassemble ses apôtres pour célébrer avec eux le repas de la Pâque. Au cours de ce repas, il offre son Corps et son Sang pour la rédemption de l’humanité et l’ouverture de la voie vers la vie éternelle.

De l’amour jaillit la vie !

« Après la mort de Jésus sur la croix, comme c’était le vendredi, il ne fallait pas laisser des corps en croix durant le sabbat (d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque). Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Des soldats allèrent donc briser les jambes du premier puis du deuxième des condamnés que l’on avait crucifiés avec Jésus. Quand ils arrivèrent à celui-ci, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté, et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. »

Jean 19,31-34

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi ! » disait Jésus. Et selon l’Écriture : « Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur. » En prononçant ces mots, Jésus faisait allusion à l’Esprit Saint, l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. Sur le Golgotha, ce jour-là, la prophétie de Zacharie s’est accomplie : « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. » Désormais, et jusqu’à la fin des temps, innombrables sont ceux qui, attirés par la croix où Jésus, Révélateur et Témoin de la tendresse de Dieu, est suspendu, découvrent qu’un cœur reste ouvert. Ce cœur devient une source inépuisable, à laquelle tous sont invités à venir boire avec joie.


Trois jours après sa mort, les apôtres se rendent au tombeau et le trouvent vide. Jésus, ressuscité, apparaît à « plus de cinq cents frères », comme l’affirme saint Paul, et en particulier aux apôtres. Il les envoie alors porter l’Évangile du Salut dans le monde entier. Le jour de la Pentecôte, les apôtres font l’expérience de l’amour infini de Dieu, non seulement pour eux mais pour l’humanité entière : c’est « l’effusion de l’Esprit Saint ». Animés intérieurement par cet Esprit et par la présence vivante du Christ, les apôtres s’élancent pour annoncer l’Évangile à toutes les nations.


Au XVIIe siècle, une véritable floraison spirituelle voit le jour. À Paray-le-Monial, Marguerite-Marie prend une place particulière, s’inscrivant dans la lignée des grands témoins de l’Amour divin.


Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes


La plus célèbre de ces apparitions est celle de juin 1675 : Jésus lui aurait alors montré son cœur en disant :  » Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, […] jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour, et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes… « . Dès lors, Marguerite-Marie a pensé avoir été investie de la mission d’établir une dévotion particulière envers le Sacré-Cœur. Ces manifestations lui valurent d’être mal considérée par le reste des membres de la communauté, qui la traitaient de « visionnaire », au point que sa supérieure lui intima l’ordre de se plier à la vie commune. Cependant, son obéissance, son humilité et sa charité envers ceux qui la persécutaient finirent enfin par l’emporter et sa mission vint à être reconnue par ceux-là même qui lui avaient montré la plus forte opposition. Avec l’aide du Père Claude La Colombière, que Jésus lui aurait présenté comme son  » vrai et parfait ami « , Marguerite-Marie fit connaître le message que Jésus lui aurait adressé. C’est le début du culte du Sacré-Cœur. Inspirée par le Christ, Marguerite-Marie établit la pratique de l’Heure Sainte, qui pour elle consistait à prier, étendue par terre, le visage contre le sol depuis onze heures du soir jusqu’à minuit le premier jeudi de chaque mois, afin de partager la tristesse mortelle qu’avait supportée le Christ, quand il fut abandonné à son agonie par ses Apôtres, puis à recevoir le lendemain la Communion.

Le Christ lui aurait confié désirer que soit célébrée une fête en l’honneur de son Cœur le vendredi qui suit l’octave de la fête du Corps du Christ ou du Saint Sacrement; et il aurait appelé la sainte  » disciple bien-aimée du Cœur Sacré  » et héritière de tous Ses trésors. Au cours de sa dernière maladie, elle refusa tout soulagement, ne cessant de répéter :  » Ce que j’ai dans le Ciel et ce que je désire sur la terre, c’est toi seul, ô mon Dieu « , et elle mourut en prononçant le nom de Jésus.


La fête du Sacré-Cœur est une solennité de l’Église catholique romaine. Elle est célébrée le 3e vendredi après la solennité de la Pentecôte. Elle est aussi appelée « fête du Cœur de Jésus » et commémore la Miséricorde Divine.

Testament spirituel de l’abbé Cyril Gordien

L’abbé Cyril Gordien, prêtre du diocèse de Paris, est décédé d’un cancer. Ses funérailles ont eu lieu le lundi 20 mars 2023, en la fête de saint Joseph reportée à ce jour, en l’église Saint-Pierre de Montrouge (Paris XIVè) présidées par Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, en présence de 6 évêques, 220 prêtres et près de 2000 fidèles. Il fut aumonier national des Scouts d’Europe. Lors de ses funérailles, son testament spirituel de 40 pages a été distribué.

Extraits :

Voici près d’un an que je combats contre ce cancer. Un an de lutte acharnée, de souffrances quotidiennes, de diverses hospitalisations. Un an de chimiothérapies endurées toutes les deux semaines. Je sens bien que mon corps s’affaiblit, et que le cancer gagne du terrain. « Mais l’on ne se bat pas dans l’espoir du succès, non, non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! » (Cyrano de Bergerac). La médecine semble baisser les armes, les chimios ne sont pas assez efficaces. Demeure toujours le combat de l’âme, pour tenir, avancer, garder l’espérance, s’abandonner au Seigneur, se confier à la sainte Vierge, prier sans relâche, encourager ses proches, garder la joie du cœur, et se préparer à la mort. Je veux mener ce dernier combat avec le courage et la force de la foi.

Je me prépare donc à paraître devant mon Seigneur. J’ai confiance, car comme l’écrivait Benoit XVI, le Seigneur est à la fois mon juge et mon avocat : « Bientôt, je serai face au juge ultime de ma vie. Même si, en regardant ma longue vie, j’ai beaucoup de raisons d’avoir peur et d’être effrayé, j’ai néanmoins l’âme joyeuse, car j’ai la ferme conviction que le Seigneur n’est pas seulement le juge juste, mais en même temps l’ami et le frère qui a lui-même souffert de mes défauts et qui, par conséquent, en tant que juge, est également mon avocat. » (Benoît XVI).


« Comment rendrais-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur » (Ps 115, 12).

Chaque jour, en célébrant la sainte Messe, j’élève la coupe du précieux Sang de notre Sauveur, et je lui rends grâce pour cet immense don qu’il m’a fait : être prêtre de Jésus- Christ, moi, son indigne serviteur.

C’est par une immense action de grâce lancée à notre Seigneur que je voudrais débuter ces quelques lignes de méditation. Oui, je rends grâce à mon Dieu pour la foi que j’ai reçue dans mon enfance, une foi solide et pure, une foi qui n’a jamais failli malgré les nombreuses épreuves de la vie, une foi que mes chers parents m’ont transmise dans la fidélité et l’amour vrai de l’Église. Je rends grâce au Seigneur pour la famille unie dans laquelle je suis né, et pour tout l’amour que mes parents et mes frères m’ont prodigué. J’ai eu une enfance très heureuse, marquée par l’exemple que donnait mon père, exemple de don de soi dans son métier de chirurgien et de fidélité dans la pratique religieuse.

Mon père m’a transmis le sens de l’effort, le dégoût pour la mollesse et la paresse, la rigueur dans le travail bien fait, et la force pour combattre. Il a toujours fait preuve d’un grand courage pour défendre la vie et la foi, à travers de multiples engagements, que ce soit pour toutes les questions bioéthiques, avec son expertise de chirurgien, ou que ce soit pour défendre l’école libre.

Ma mère m’a transmis sa douceur et sa joie de vivre, son sens du beau et son bon sens, sa piété fidèle et sa finesse dans les relations. Elle aussi, a toujours fait preuve d’un immense courage pour soutenir mon père à la fin de sa vie, et pour affronter ensuite sa nouvelle vie de veuve, si jeune, avec ses enfants à charge. Elle n’a jamais baissé les bras, animée d’une foi indéfectible. Aujourd’hui encore, elle affronte ma maladie en m’apportant son caractère optimiste et joyeux pour avancer.

Je rends grâce au Seigneur pour m’avoir appelé au sacerdoce, moi, son indigne serviteur. Lorsque j’ai ressenti cet appel au fond de mon cœur, il m’a rempli d’une joie indicible, et simultanément d’une crainte pleine de respect pour le Seigneur : pourquoi moi, qui me sens si indigne et si incapable d’assumer une telle charge et une si grande mission ? Mon chemin vers le sacerdoce, au séminaire, fut à la fois joyeux et douloureux. Joyeux, par les grâces reçues, lesquelles m’ont toujours conforté dans ma vocation, et par tout ce que j’ai reçu à travers la formation ; douloureux, aussi, par des épreuves et souffrances venant de l’Église.

Je n’ai jamais trahi les convictions qui m’animaient, malgré les persécutions inévitables. J’ai toujours résisté, combattu et lutté quand je sentais que les mensonges, la médiocrité, ou la perversité étaient à l’œuvre. Cela m’a valu des coups reçus et des brimades, mais je ne regrette pas ces combats menés avec conviction. Le plus dur est de souffrir par l’Église.

Le Pape saint Jean-Paul II fut le Pape de ma jeunesse. Je l’ai tellement aimé, dans l’exemple de force et de courage qu’il nous donnait. C’est lui qui m’a communiqué l’enthousiasme de la foi et l’ardeur apostolique. Avec lui, j’ai grandi dans l’amour de l’Église et la fidélité au Magistère. Le témoignage de sa vie donnée jusqu’au bout, dans la souffrance acceptée et offerte, dans la célébration de la Messe malgré les douleurs, m’a bouleversé. C’est toujours sur lui que je m’appuie aujourd’hui pour célébrer la messe. Quand les forces me manquent, quand je suis essoufflé, quand mon corps me fait mal, je lui parle et lui demande : « Très saint Père, donnez-moi votre force et votre courage pour célébrer les saints mystères, comme vous l’avez fait jusqu’au bout dans un don total ». Il fut pour moi le témoin de la joie de la foi et de l’attachement au Christ. Il fut pour moi l’exemple d’un bloc de prière au milieu des tribulations de ce monde. Il fut confronté aux forces du mal, affrontant avec courage ces deux totalitarismes du vingtième siècle qui ont fait des millions de morts. Il a résisté, il a combattu, il a fait tomber le mur de Berlin qui écrasait l’humanité. Saint Jean-Paul II est pour moi un géant de la foi, un saint exceptionnel qui continue de me porter. Je n’oublierai jamais ces moments où j’ai eu la joie de le rencontrer. C’est pourquoi j’ai participé, malgré tous les obstacles, à ses funérailles, à sa béatification puis à sa canonisation.

Le Pape Benoît XVI fut le Pape de mon sacerdoce. J’ai été ordonné le 25 juin 2005, deux mois après son élection. Il m’a porté d’une manière extraordinaire dans les débuts de ma vie de prêtre par la profondeur de ses homélies, par ses analyses pertinentes et prophétiques de notre monde, par ses réflexions lumineuses. L’exemple de son humilité et de sa douceur m’ont beaucoup touché. Il fut un vrai serviteur de Dieu, soucieux d’affermir la foi des fidèles pour le salut des âmes. Il a cherché sans cesse à ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Ce fut un homme de prière, enraciné dans la contemplation du Dieu vivant. Pendant près de dix ans, après sa renonciation, il vécut retiré du monde, mais le portant dans sa prière. Depuis son décès, je l’invoque pour notre Église, en proie à une grave crise. Il est pour moi l’exemple d’une vie donnée au service de la vérité, déployant toute sa grande intelligence pour mettre en lumière, de façon limpide, les plus hautes vérités de la foi. Je me plonge toujours dans ses écrits, ses livres, ses homélies, ses discours avec la joie profonde de celui qui apprend et commence à mieux comprendre. La défense et la transmission de la foi, dans la fidélité à la Tradition, furent son combat de chaque jour. Je puis témoigner du fait qu’il m’a affermi dans la foi. Je demeure toujours bouleversé par son cœur de bon Pasteur, en particulier lorsqu’il écrivit une lettre aux évêques du monde entier, suite aux attaques suscitées par son geste de communion en levant l’excommunication qui pesait sur les quatre évêques de la fraternité saint Pie X. Cette lettre est magnifique, c’est son cœur qui parle.

lire l’intégralité du testament spirituel.

Comment les jeunes prêtres veulent sortir l’Église de la crise

Décryptage de Jean-Marie Guénois, publié le 9 avril 2023, dans le Figaro

Avec la baisse des vocations, leur charge de travail s’alourdit toujours plus et ils souffrent parfois d’un manque de soutien. Malgré tout, leur zèle reste intact.

Il s’est passé à Paris un événement de faible impact médiatique mais de haute intensité spirituelle: le décès d’un jeune prêtre. Le 14 mars dernier, l’abbé Cyril Gordien mourait d’un cancer fulgurant. Il avait 48 ans. Il était curé de l’église Saint-Dominique, dans le 14e arrondissement. À ses obsèques, dans l’église Saint-Pierre de Montrouge, dont le haut clocher de pierres blanches marque l’entrée de Paris après la porte d’Orléans, étaient présents 6 évêques, 250 prêtres et près de 2000 fidèles. Sans parler des témoignages venus de toute la France puisque ce prêtre avait été aumônier national du mouvement des Scouts d’Europe.

Cette messe d’adieu a, selon les témoins, marqué par sa densité ceux qui étaient présents. Plus large encore, son «testament spirituel», texte d’une quarantaine de pages écrit par cette âme de feu et intitulé «Prêtre au cœur de la souffrance», continue de rayonner sur internet et ne laisse personne indifférent. Il dénonce sans ambages «des prêtres et même parfois des évêques qui ne cherchent pas le bien et le salut des âmes, mais qui désirent d’abord la réalisation de leurs propres intérêts, comme la réussite d’une “pseudo- carrière”». Et énumère: «Ils sont prêts à tout: céder à la pensée dominante, pactiser avec certains lobbies, comme les LGBT, renoncer à la doctrine de la vraie foi pour s’adapter à l’air du temps, mentir pour parvenir à leurs fins. Le père Gordien confesse alors: «J’ai souffert par l’Église. Dans les différentes

crises que j’ai traversées, je me suis rendu compte que les autorités ne prenaient pas soin des prêtres et les défendaient rarement.» Amer, il constate: «Comme prêtre, pasteur et guide de brebis qui vous sont confiées, si vous décidez de soigner la liturgie pour honorer notre Seigneur et lui rendre un culte véritable, il est peu probable que vous soyez soutenu en haut lieu face aux laïcs qui se plaignent».

«Entièrement livré à son ministère»

La charge est lourde. Ses propos ont ravi les uns et mis en colère les autres. Il n’est pas étonnant que ce «testament spirituel», dans lequel il dit également, à longueur de pages, sa joie d’être prêtre, mais sans éluder ses détresses, ait été très vite retiré du site de la Conférence des évêques, où il avait été publié par erreur… Cyril Gordien n’était pourtant pas un prêtre traditionaliste. Il célébrait la messe selon le rituel adopté par le concile Vatican II. Il avait, par exemple, institué une «adoration permanente de l’eucharistie» dans sa paroisse, ce qui avait provoqué l’ire d’un groupe de paroissiens qui ne cessèrent de le dénoncer, dans son dos, à l’archevêché.

Un des amis proches du père Gordien, le père Luc de Bellescize, curé à Paris, a rédigé une lettre ouverte dans laquelle il écrit que son confrère était «excessif», qu’il ne prenait «jamais de repos» parce qu’il était «entièrement livré à son ministère». Il confirme aussi l’existence de «lettres de délation anonymes» reçues contre les prêtres à l’évêché où il a travaillé. «Un désaccord liturgique ou doctrinal, un souci de gouvernement ne constituent pas un crime», souligne le père Luc de Bellescize, avant de conclure: «Ces mots d’un prêtre au cœur de la souffrance doivent être pris au sérieux et invitent l’Église à examiner la manière dont elle prend soin de ses prêtres», car «la manière dont il a été traité parfois serait inadmissible dans une entreprise.»

Un malaise chez les prêtres?


Il y a quelque chose de ce genre dans l’Église de France. Beaucoup de ces hommes, qui ont donné toute leur vie à Dieu, sont troublés. Et ils n’ont pas toujours un évêque à l’oreille attentive. Un prêtre résume: «Il peut y avoir un gros malaise avec l’évêque: est-il un père? un patron? un délateur?» Les prêtres vivent en effet une surcharge structurelle avec la diminution des vocations. Les mêmes prêtres catholiques viennent d’essuyer, injustement, depuis le rapport Sauvé, l’opprobre de l’accusation d’être des pédocriminels en puissance alors qu’elle concernait, au plus fort de cette crise il y a quarante ans, 3 % à 4 % des prêtres et moins de 1 % d’entre eux aujourd’hui. Les évêques, tétanisés, n’ont pas su défendre leur honneur.

Des chiffres calamiteux

Depuis une dizaine d’années, ces hommes de terrain constatent une baisse des entrées dans les séminaires. Certains de ces établissements, comme à Lille ou à Bordeaux, ont dû fermer. La Conférence des évêques préfère ne pas donner les chiffres de la rentrée de septembre 2022 tant ils sont calamiteux. Le diocèse de Paris enregistrait seulement trois jeunes entrés en première année. L’Église connaît aussi des tensions liturgiques: un quart, au moins, des jeunes ordonnés au sacerdoce sont plutôt de sensibilité classique, voire traditionaliste. Les fidèles de la génération 1968, plutôt progressistes, ne le comprennent pas.
Des diocèses connaissent également des difficultés avec leur évêque. Depuis vendredi dernier, une pétition circule dans le diocèse de Strasbourg pour demander le départ de l’archevêque, Mgr Luc Ravel. Il y a, enfin, l’abandon du sacerdoce. Effectué dans la discrétion il y a encore trois décennies, chaque départ de prêtre est aujourd’hui médiatisé. «C’est dur de voir un frère prêtre partir», reconnaît l’un d’eux. Même si, en réalité, le nombre de ceux qui quittent le sacerdoce en France est relativement stable: 15 en moyenne par an depuis le début des années 2000, selon les chiffres officiels du Vatican, soit un pour mille. En France, le nombre de prêtres s’est réduit de moitié en vingt ans. Ils étaient 10.188 prêtres diocésains en 2020, pour 10.326 paroisses qui regroupent 45.000 églises. L’âge médian du prêtre est de 75 ans.


Pour y voir clair, Le Figaro a sollicité douze prêtres. Douze apôtres. Douze pasteurs de moins de 50 ans, de tous lieux, ruraux et urbains. Ils disent être «très heureux» du choix de cette voie. Ils ne regrettent rien. Mais ils sont lucides. Au prix, pour certains, de parler sous anonymat strict.
L’un d’eux nous raconte une anecdote terrible pour un homme de Dieu. Il exerce dans le sud de la France et totalise une dizaine d’années de sacerdoce. Prêtre diocésain, il n’a rien d’un ultra qui voudrait imposer sa foi. Lors du jeudi saint, fête du sacerdoce, il a reçu une «douche glacée». Alors qu’il évoquait «la mort et de la résurrection du Christ», thème pascal s’il en est, dans un lycée catholique, il s’est vu reproché de ne pas avoir parlé des «valeurs du christianisme, de la solidarité». Ce qu’il ne manque pourtant pas de faire à d’autres occasions. Il en déduit: «C’est à l’image de ce que vivent beaucoup de prêtres aujourd’hui. S’ils souffrent dans leur cœur de pasteur et dans leur vie, ce n’est pas pour leur ego, mais parce que la mission confiée par l’Église, celle d’annoncer clairement le Christ, n’est pas toujours partagée par l’Église elle- même!» «La mission, l’annonce du Christ, nous avons donné notre vie pour elle. Nous savons que notre choix de vie est incompris. Mais le malaise des prêtres vient de ce que l’on ne sait plus comment annoncer l’Évangile, constate-t-il. Nos communautés paroissiales vieillissent. Lors des funérailles, les gens n’attendent qu’une prestation de “service”. La majorité des couples que nous préparons au mariage n’ont pas la foi. En fait, les gens n’attendent pas ce que l’on souhaiterait leur donner…» D’où un risque de découragement: «Des prêtres ne voient plus le fruit de leur travail. Certains n’en peuvent plus. D’autant que les évêques nous laissent souvent seuls sur le terrain. Et, si nous sommes un peu incisifs, ils s’inquiètent. Ils préfèrent le consensus.»

Un prêtre ose, lui, sortir de l’anonymat. Paul Benezit a 37 ans et totalisera bientôt une dizaine d’années d’ordination. Il confesse son tempérament «positif» qui cherche «toujours à voir le bon côté des choses». Prêtre en zone rurale, il a 28 clochers sous sa responsabilité et affirme: «Je suis tellement heureux dans mon ministère!» Il évoque, pêle-mêle, le contexte récent de son diocèse: l’épreuve du suicide d’un prêtre de 38 ans, il y a cinq ans, qu’il remplace, le procès d’un prêtre qui va bientôt avoir lieu et, en janvier dernier, l’annonce tonitruante du départ du curé de la cathédrale, parti avec une femme. «Nous avons une grosse charge de travail, tout est dans la façon de la vivre. Le malaise vient du manque d’effectifs, estime-t-il. On place des prêtres sans expérience à des postes trop difficiles. Si l’on répond que l’on ne peut pas assumer le travail de deux prêtres, voire de trois prêtres, on nous regarde avec bienveillance, mais il faut y aller quand même. Si on ne fixe pas une limite pour se reposer, lire, faire du sport, s’intéresser à autre chose, on tombe vite dans un surinvestissement lié à la spiritualité du sacerdoce, qui est un don total de soi. On accepte une mission toujours plus lourde, impossible à réussir entièrement, et c’est le début des problèmes. On tire sur la corde et on peut dégringoler: fuite, abandon du ministère, suicide.»
Ce nageur de bon niveau, passionné de forêts, interroge: «On connaît la courbe des âges des prêtres, le nombre de postes à pourvoir, le peu d’entrées au séminaire. Au lieu de naviguer à vue, de gérer le quotidien, il serait bon de se poser sur une table et de conduire nos ressources humaines sur dix ans. Mais cela, je ne l’ai pas encore vu. Quand allons-nous penser une autre organisation que ce maillage intenable du territoire?»
«Perte de confiance dans le pape François»
Confronté à la même problématique dans le Lot, en zone encore plus rurale, le père Florent Millet, recteur du sanctuaire de Rocamadour, a longtemps été vicaire général du diocèse, numéro deux de l’évêque: «Quand j’étais vicaire général, j’ai vu des prêtres actifs, toujours prêts à aller partout, d’autres plus casaniers, d’autres toujours disponibles, d’autres toujours submergés. Les tempéraments et les caractères jouent, mais j’ai observé qu’un curé qui aime ses paroissiens est un prêtre heureux. Cela paraît simple, mais cela se vérifie. En revanche, si je ressentais un malaise aujourd’hui, il viendrait de la question liturgique. Nous étions arrivés à une situation paisible avec les prêtres traditionalistes et tout se passait bien. On peut comprendre que Rome veille à ne pas voir des chapelles particulières, mais les nouvelles restrictions nous compliquent les choses.»

Il y a peu encore, les prêtres ne critiquaient jamais le pape. Il apparaît dans ce tour d’horizon que plusieurs d’entre eux – requérant l’anonymat – ne tiennent plus cette réserve. À l’évocation d’un possible «malaise», les prêtres parlaient uniquement de «regards noirs»,de «changements de trottoir» et d’«invectives désobligeantes» dans la rue. C’était il y a deux ans, au paroxysme de la crise de la pédophilie. Aujourd’hui, certains d’entre eux, qui ne sont pas des extrémistes, mettent en lumière «une immense perte de confiance dans le pape François». «Beaucoup de prêtres de moins de 50 ans sont décontenancés parce qu’ils ont l’impression que François sème le trouble, la division et qu’il est toujours dans la dénonciation du cléricalisme, confie l’un d’entre eux. J’ai tout abandonné pour suivre le Christ, pas pour exercer un pouvoir! Or, enseigner clairement l’Évangile serait devenu du cléricalisme? Certains fidèles nous reprochent d’être vieux jeu quand nous enseignons ce que l’Église professe. Le pape, objectivement, ne représente plus un signe de communion. Il y a un trouble chez les prêtres parce que nous vivons une crise de confiance.»
Un autre, dans le même registre, ajoute: «Quand nous regardons vers Rome, qui a toujours été un cap, un phare, une terre ferme, on nous dit: “On ne veut plus de prêtre comme vous.”Il faut se justifier de porter un col romain. Le pape nous donne l’impression qu’il ne nous comprend pas et qu’il ne nous aime pas. Nous restons fidèles, comblés par les joies de notre ministère, mais nous sommes désemparés et beaucoup de catholiques le sont avec nous. Si nous tenons c’est grâce aux jeunes, très motivés, qui montrent l’arrivée d’une nouvelle génération bien dans son temps et qui n’a pas honte de se dire catholique. Pas identitaires, ils attendent qu’on leur parle de la foi chrétienne. Ce sont eux l’avenir.»


Le Figaro.fr: – https://www.lefigaro.fr/actualite-france/comment-les-jeunes-pretres-veulent-sortir-l-eglise-de-la-crise-20230409

Pendant ce carême confiné, recevez gratuitement les plus grands magazines chrétiens : Dimanche, Magnificat et Prions en Eglise.

1. Le journal Dimanche

Recevez gratuitement Dimanche en PDF pendant les 3 prochains mois.
Le journal Dimanche offre un autre regard sur le monde.

Cet hebdomadaire catholique informe sur la vie de l‘Église, porte des regards chrétiens sur l’actualité et approfondit les questions de sens et spiritualité. Dimanche soutient egliseinfo.be depuis son lancement en 2004.

Pour tous sans exception, que vous soyez abonnés au Dimanche papier ou non. Pour recevoir le journal sur votre boîte mail, rien de plus simple, il suffit de remplir le formulaire en ligne.

2. Prions en Eglise

Confinés mais pas isolés ! Pour vivre la Semaine sainte : téléchargez gratuitement le PDF du livret “Semaine sainte et Pâques 2020”

…pour vivre ensemble en communion d’Eglise et en union de prière ce grand temps fort spirituel.

Indiquez votre email et téléchargez gratuitement le PDF du livret de Pâques 2020 sur cette page.

3. Magnificat

Le numéro de Pâques 2020 est offert ! Magnificat est une revue mensuelle qui vous accompagne chaque jour sur le chemin de la prière de l’Église

et vous aide à développer votre vie spirituelle selon votre vocation propre.

Tous les jours, Magnificat vous propose les textes de la messe, deux temps de prière, le matin et le soir, inspirés de la liturgie des Heures, des textes de méditation de grands auteurs chrétiens, et d’éloquentes vies de saints.

Pour recevoir l’exemplaire gratuit, remplissez le formulaire en ligne